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Carnet de bord d’un confinement #14: anonyme

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Carnet de bord d’un confinement #14: anonyme

Emmanuelle Michel, professeur de français, a décidé de constituer avec ses élèves de terminale maturité un carnet de bord qui accompagnera le temps extraordinaire du confinement. Un élève anonyme réfléchit à sa vocation de médecin en ces temps de crise sanitaire.

Ces héros qui refusent de l’être…

J’allais écrire l’histoire d’un homme dans un village où les réponses générales face à une maladie sont différentes et les infrastructures de santé moins efficaces et présentes. Mais, en fin de compte, je me suis sentie obligée d’écrire sur ce que je ressens en ces temps difficiles. Je n’ai jamais autant voulu être médecin. Ce n’est pas à cause des reconnaissances que les médecins sont entrain de recevoir à travers le monde pour leurs sacrifices quotidiens contre le coronavirus. C’est parce que je ne me suis jamais sentie plus proche de ce que signifie « être médecin ».

Mon grand-père était pédiatre et il a fait tout ce qu’il pouvait pour aider les autres. C’est de lui que j’ai pu tirer ma vocation. Il est décédé il y a deux ans et je me demande souvent ce qu’il aurait pensé de la façon dont cette pandémie est gérée aujourd’hui. Avec l’abondance de fausses nouvelles qui tournent sur les réseaux sociaux… Avec tous ces hommes qui ne réalisent pas que le non-respect des règles met tout le monde autour d’eux en danger…

Se propageant entièrement à l’échelle mondiale, le virus ne ressemble à aucune maladie identifiée auparavant. Le taux de contagion, la nature du virus, ses limites et ses forces ; nous en avons encore beaucoup à apprendre.

S’il y a une chose que je sais avec certitude, c’est que mon grand-père se serait battu sur les premières lignes dans cette « guerre » contre le Corona. Chaque petit enfant malade qu’il aurait pu aider aurait valu le risque de sa propre infection et peut-être même de sa mort. Avec ses problèmes cardiaques et respiratoires, il aurait été considéré comme une personne à haut risque mais je sais qu’il aurait toujours été là, à son hôpital, pour participer à ce combat.

En voyant le travail des soignants aux actualités, je ne me suis jamais sentie aussi fière de ma vocation. L’Université de New York a accepté de laisser ses étudiants en médecine terminer leurs études un mois plus tôt pour exercer avec leurs diplômes et utiliser leurs compétences. Le Premier ministre irlandais s’est réinscrit en tant que médecin pour travailler dans des rotations au plus grand hôpital de Dublin. Beaucoup de personnes font des dons à des associations pour rendre hommage aux responsables de la santé depuis la sécurité de leurs maisons. Ils comprennent que chaque centime compte et qu’ils jouent un rôle important pour aider.

La Terre entière est dans la même situation, et savoir que certains malades finiront mieux soignés que d’autres, en fonctions des ressources et décisions des gouvernements, est injuste et triste.

La médecine concerne l’humanité. Toute personne a le droit de vivre, et peu importe qui elle est, elle mérite d’être traitée comme n’importe qui d’autre.

En Italie, un prêtre est décédé parce qu’il s’est porté volontaire pour donner son ventilateur à un homme à peine plus jeune que lui. Cet homme avait deux enfants. Le prêtre est décédé quelques jours plus tard, n’ayant aucune aide pour respirer.

Cet acte de pur courage parmi tant d’autres a montré la tragédie de la pandémie. Nous sommes en crise. Les médecins italiens sont placés dans un dilemme éthique où ils doivent choisir qui va vivre et qui va mourir puisqu’il n’y a pas assez de ventilateurs pour tous les malades. Je suis frappée à l’idée que des hommes comme nous sont entrain d’être classés en fonction de leur « valeur ». ll n’y a pas d’autre alternative.

Les médecins ont la responsabilité de faire ce choix si lourd et douloureux, qui détermine littéralement le reste de la vie d’un individu.

C’est pour cela que nous applaudissons chaque soir pour célébrer et reconnaître le sacrifice de ces médecins, et, bien évidemment, pour faire le deuil des morts et malades. Tous ceux qui travaillent aujourd’hui (pharmacies, supermarchés, poste etc.) peuvent être félicités pour leur courage.

Quand j’entends ces applaudissements, je suis fière de ce que je veux faire et devenir. Les médecins n’ont jamais été autant respectés parce que le monde se rend compte que chaque jour est un nouveau défi pour eux. Face au coronavirus ou à autre chose.

J’ai hâte d’aller à l’université pour un jour pouvoir porter un peu de ce bagage partagé par les médecins qui risquent leur santé aujourd’hui.

Ce pouvoir de choisir qui va vivre et qui décède n’est pas ce qui me donne envie d’être médecin. C’est plutôt le constat que chaque personne sauvée est une personne de plus qui peut vivre un autre jour sur cette terre. En réalisant cela, le fardeau de voir des hommes mourir se trouve un peu allégé.

Pour moi, c’est ça la médecine : compter le nombre de nos survivants avant de compter nos morts et garder en tête tous ceux qui ont pu être soignés.

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