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Carnet de bord d’un confinement #8: Alexandre

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Carnet de bord d’un confinement #8: Alexandre

Emmanuelle Michel, professeur de français, a décidé de constituer avec ses élèves de terminale maturité un carnet de bord qui accompagnera le temps extraordinaire du confinement. La promenade invite à la rêverie et pas seulement chez le plus fameux des philosophes genevois. Sur son vélo, Alexandre arpente les chemins campagnards, se prêtant à une rêverie solitaire aux accents rousseauistes…

Rêveries d’un confinement

J’habitais dans la campagne. En temps normal, rien n’était plus embêtant : on se trouvait loin de nos amis, de l’activité ininterrompue des citadins, de l’ambiance des restaurants, des bars et des boîtes de nuit. Mais nous étions bien loin d’un temps normal. Dans ce temps, être un rural était même devenu source de convoitise, de désir irrépressible, parfois de jalousie. J’en profitais tout naturellement. Chaque jour où l’envie m’en prenait, je montais sur mon vélo, j’empruntais ce chemin se faufilant au milieu des friches, j’observais à ma droite le Mont Blanc et son sommet glacé, j’admirais à ma gauche la beauté scintillante du lac sous un grand soleil de printemps ; j’exultais alors. Mes longues rêveries emprisonnées dans ma chambre, dont l’espace semblait rapetisser de jour en jour, s’envolaient en un souffle d’air frais et pur. Tous mes sens éveillés, le sentiment de liberté devenait jubilatoire alors qu’une excitation incontrôlable parcourait mon corps entier.

En arpentant ces routes entre vignes et champs de choux verts, mes yeux s’attachaient aux moindres détails de ce paysage. J’apprenais à en connaître les aventuriers, ces randonneurs et cyclistes qui, comme moi, s’étaient échappés du confinement afin de profiter un instant des bienfaits et prodiges de la nature. Je reconnaissais maintenant cette même femme qui promenait tous les jours dans sa poussette un nourrisson, jetant des regards méfiants à quiconque osait s’en approcher de trop près. Quelques jeunes adolescents se retrouvaient parfois l’espace d’une ou deux heures, étrangement éloignés ou dangereusement proches les uns des autres. Seules les patrouilles spontanées de police brisaient ce calme et cette tranquillité.

Intrigué, je m’arrêtais à chaque fois devant cette même maisonnette. Son propriétaire, un vieil homme, le crâne dégarni et la longue barbe grisonnante, semblait sortir d’une ère il y a longtemps révolue. Il passait son après-midi allongé sur une sorte de longue balançoire en bois qui lui faisait office de hamac. Regardant les passants avec une imperturbable sérénité, il semblait prendre conscience du poids de son âge et l’accepter avec légèreté. Chose étonnante, il déposait chaque matin sur son portique un panier en osier contenant des herbes aromatiques et diverses feuilles dont ses préférées devaient être des branches de laurier. Elles étaient probablement destinées à un randonneur curieux ne craignant pas les conséquences de l’épidémie, mais personne ne paraissait être suffisamment téméraire pour s’en emparer. Des nains de jardins disposés aux quatre coins de sa maison me regardaient souriant, des fleurs sauvages poussant à même le sol accentuaient l’atmosphère féérique qu’arborait cet endroit unique au monde…

Je me disais alors qu’il était temps de sortir de ce songe. Chose paradoxale, pour une fois je n’étais aucunement pressé. La notion du temps devenait même une chose abstraite. Toutefois, je l’attendais. Viendrait-elle? Ne viendrait-elle pas? Rien ne semblait plus difficile que de vivre ce questionnement en ces jours incertains. Je ressentais à nouveau cette même excitation, cette agitation nerveuse parcourant tout mon corps. J’étais redevenu un adolescent normal, du moins jusqu’au lendemain. Alors je la voyais. Elle arrivait, sortant tel un mirage d’une brume qu’était l’horizon lors d’un soleil couchant. Je reconnaissais ses traits éblouissants, sa gaieté entraînante, et par dessus tout son amour incommensurable. Tout était réuni pour m’en convaincre : la quarantaine pouvait donc bien laisser place au voyage.

La promenade solitaire est d’abord la possibilité d’une réflexion sur la nature du bonheur. Dans notre monde où « tout est dans un flux continuel », change et se transforme – comme nos goûts qui se portent sur une chose puis, le lendemain, sur une autre –, Rousseau observe qu’« il n’y a rien là de solide à quoi le cœur se puisse attacher »

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