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Carnet de bord d’un confinement #7: Laura

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Carnet de bord d’un confinement #7: Laura

Emmanuelle Michel, professeur de français, a décidé de constituer avec ses élèves de terminale maturité un carnet de bord qui accompagnera le temps extraordinaire du confinement. Pour ce septième volet, et avec l’aide de sa compréhension de La Peste d’Albert Camus, Laura interroge la réalité de l’épidémie, que l’appropriation par un discours officiel et médiatique, rend parfois insaisissable.

Au 18ème jour de confinement …

Le confinement. Au départ, je ne me rendais pas compte, nous ne nous rendions pas compte, de ce que cette situation impliquerait.

Le vendredi, on nous annonce la fermeture officielle de l’école. Cela fait déjà plusieurs mois que le mot « coronavirus » envahit les télé-journaux, la radio, nous rendant presque indifférents et insensibles à ses conséquences. Ce mot, tout le monde l’a à la bouche. Il est tellement omniprésent, il nous est tellement familier,  qu’il finit par se vider de son sens. Ce virus, tel l’ombre de la faucheuse qui surplombe chacun d’entre nous, menace la santé, la vie de chaque être humain. Nourrissons, jeunes, vieux, hommes, femmes, riches, pauvres, tout le monde peut le contracter, même si l’on se dit tous : « ça ne sera pas moi ».

Pour ma part, je ne saisissais pas la gravité de la situation. Et le caractère irréel de la situation perdure en un certain sens. On nous noie à longueur de journée, d’heures même, dans un lac de statistiques, de chiffres, de pourcentages et de pronostics. Les chiffres ont beau être conséquents, ils n’ont aucun effet réel sur nous. Le discours médiatique a quelque chose de routinier. C’est à ce moment là qu’on se rend compte du pouvoir limité des mots. Devant notre écran on s’exclame : « Ah, 600 morts en Italie aujourd’hui ! C’est beaucoup quand même. », sans réellement concevoir ce que ce chiffre, certes gigantesque, implique dans la réalité : des vies humaines certes, mais pas que… Des familles endeuillées, un personnel soignant désespéré, au bord du burn-out, face à son impuissance, des morgues et des hôpitaux saturés. La liste est trop longue.

On est tous enfermés chez nous, entre les quatre murs de notre appartement ou de notre maison – avec jardin, si on est chanceux. Le monde réel est devenu abstrait, il y a en lui quelque chose d’insaisissable, dont on ne fait plus vraiment partie.

La Peste, Albert Camus

« Mais qu’est-ce que cent millions de morts ? Quand on a fait la guerre, c’est à peine si on sait déjà ce que c’est qu’un mort. Et puis- qu’un homme mort n’a de poids que si on l’a vu mort, cent millions de cadavres semés à travers l’histoire ne sont qu’une fumée dans l’imagination. Le docteur se souvenait de la peste de Constantinople qui, selon Procope, avait fait dix mille victimes en un jour. Dix mille morts font cinq fois le public d’un grand cinéma. Voilà ce qu’il faudrait faire. On rassemble les gens à la sortie de cinq cinémas, on les conduit sur une place de la ville et on les fait mourir en tas pour y voir un peu clair. Au moins, on pourrait mettre alors des visages connus sur cet entassement anonyme. »

 

 

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