Ecole francophone bilingue

Carnet de bord d’un confinement #18 : Lucie, Nicola et Nadim

La vie à Florimont

Retrouvez toutes les dernières informations de Florimont dans nos actualités.

Retour

Carnet de bord d’un confinement #18 : Lucie, Nicola et Nadim

Emmanuelle Michel, professeur de français, a décidé de constituer avec ses élèves de terminale maturité un carnet de bord qui accompagnera le temps extraordinaire du confinement. Voici aujourd’hui un texte à 6 mains écrit dans un esprit collaboratif par Lucie, Nicola et Nadim. Une réflexion touchante et humoristique sur notre humanité en temps de crise.

20.04.20

Je me réveillai sous un ciel gris, nuageux, menaçant, entouré par le même silence quotidien pesant sur mon âme. N’ayant toujours pas pas vu les doux et chaleureux rayons de soleil, j’avais perdu peu à peu l’espoir de pouvoir ressortir, me balader dans les rues de ma ville, accompagné de ma famille et de mes amis. Cela faisait maintenant de longues semaines, de longs mois que cette crise était apparue. Cette fichue épidémie venant de l’autre bout de la planète ne cessait de me hanter. Dès mon réveil, mon petit frère Léo, les larmes au yeux, m’avait annoncé la mauvaise nouvelle. Pris d’un fort sentiment de panique, je commençai à parcourir les divers couloirs et chambres de notre refuge tout en imaginant un plan d’action. Tant de questions et craintes parcouraient mon esprit, j’étais perdu dans un brouillard d’incertitudes. Mais mon devoir était d’une trop grande importance pour me laisser gouverner par la peur. Je devais affronter la menace de l’épidémie.

Dans cet élan de courage, je me préparai pour le pire. Je rassemblai tout le nécessaire, un masque à gaz militaire de dernière génération équipé d’un ventilateur motorisé, une paire de gants trempés dans une solution d’éthanol d’une concentration de 70% et des habits résistants en nanotubes de carbone ne laissant aucune possibilité de contamination. Face à cet ennemi, je ne pouvais pas me battre mais seulement me protéger. Ce monde victime de l’épidémie s’était simplifié en une hiérarchie basique. L’épidémie en haut et l’espèce humaine au plus bas de l’échelle. Dans notre bêtise et notre orgueil, nous nous croyions importants et puissants par nos quantités excessives de ressources ou d’argent ;  nous étions tous insignifiants face à cet agresseur nanoscopique.

Enfin prêt, j’embrassai et rassurai ma famille en gardant un sourire léger aux lèvres. Je me tournai face à la porte. Le couloir long de deux mètres semblait ne pas avoir de fin. Dès que je m’approchais de la porte, celle-ci s’éloignait de moi. A chaque pas, je devenais de plus en plus faible et mon but semblait inatteignable. Cette peur de l’extérieur m’avait envahi. Soudainement, la porte me fit face. Il suffisait d’exécuter un simple mouvement du bras et du poignet pour l’ouvrir et sortir. Un effort infini et un courage colossal sont nécessaires pour risquer volontairement sa vie face à un ennemi invisible et toujours invincible. Je me retournai, regardai ma famille peut-être pour la dernière fois et poussai la porte d’entrée. En moins d’une seconde, j’étais à l’extérieur et, malgré toute mes mesures de protection, j’étais seul et vulnérable.

Dehors, je dus faire face au silence agonisant. J’étais seul, face au vide, face au néant. Ce calme ne rassurait en aucun cas ma pensée, bien au contraire il ne faisait qu’augmenter mon angoisse. Heureusement, quelques sons de la nature remplissaient ce vide, des chants d’oiseaux, le vent qui soufflait, le bruit de l’eau des rivières. Ma solitude n’était pas totale. Je me mis en route pour chercher cette denrée devenue rare. Il ne restait que très peu de vendeurs possédant ce produit presque porté disparu à cause de la folie de l’Homme. Je connaissais l’un d’entre eux, qui se trouvait tout près dans mon petit quartier. Il fallait que je sois le moins exposé possible au monde infecté. Je marchais à une allure rapide sans faire attention aux quelques personnes dehors en quête du produit de survie. Je devais les devancer. C’était d’une nécessité absolue. En arrivant devant le magasin, je regardai à l’intérieur ; une seule unité restait. En tendant la main pour la prendre, une voix chevrotante me demanda doucement: “Est-ce que je peux prendre ce dernier paquet? J’en ai cherché pendant 5 heures et je ne peux plus marcher”. Je me retournai pour voir qui osait me voler cet espoir ; je vis le visage d’une vieille dame, le dos courbé, les yeux emplis de larmes…

Vingt minutes plus tard, c’est à bout de souffle et triomphant que je tenais cet objet qui était si convoité. “Je l’ai !” criai-je en pénétrant dans la maison. Le regard de ma famille empli d’espoir se tourna vers moi, mon père avait les larmes au yeux. Tous étaient reconnaissants de mon exploit. J’étais devenu leur héros. Je l’avais, le dernier rouleau de papier toilette de la Migros.

Alain B.

Malheureusement, la vraie nature de l’Homme se dévoile dans toute sa laideur durant les temps de crise. Il était ce héros des temps modernes qui avait piétiné une vieille dame pour quelques rouleaux de papier toilette. Vive l’Homme! Vive l’humanité! Vive le papier-toilette!

Adresse

Institut Florimont
Avenue du Petit-Lancy 37
1213 Petit-Lancy
Suisse

Contact

T + 41 22 879 00 00
E reception@florimont.ch